bosphore

 

Byzance, Constantinople, Istanbul, trois noms pour l’une des plus grandes et des plus belles capitales d’empire. Née il y a plus de 2.600 ans de l’ardeur intrépide de quelques colons grecs, comme d’autres villes d’Asie Mineure, Byzance sommeille mollement à la pointe du Sérail – là-même où les sultans ottomans fonderont le palais de Topkapı vingt siècles plus tard –, Byzance attend son heure, sûre de sa position exceptionnelle, propre à jeter des ponts entre l’Europe et l’Asie. Puis un jour Constantin, l’un des plus grands empereurs romains, comprend tout l’intérêt de faire de cette discrète ville de province sa nouvelle capitale. Une autre Rome naît ainsi, le 11 juin 330. istanbul-saint-antoineElle saura éblouir le monde avec les murailles qu’édifiera Théodose, avec l’incomparable Sainte-Sophie, incroyable défi de Justinien au ciel, et puis, devenue capitale de l’Empire ottoman, mille ans après, la grande mosquée de Soliman le Magnifique offrira au monde la dernière perle à l’une de ses sept collines. Comme l’écrit Michel Butor, « Ce sont trois villes qui se superposent, et que l’on démêle en errant, trois villes de structure profondément différente, trois villes nées de trois invasions ». Qu’on élargisse une rue ou que l’on creuse les fondations d’un nouvel immeuble aujourd’hui à Istanbul, et surgissent d’innombrables vestiges qui rappellent la très longue et riche histoire de celle qui fut capitale du monde occidental. Seule Rome peut lui être comparée dans cette partie du monde. En 1687, Gravier d’Ortières la qualifie de « plus belle vue de tout l’Univers » et s’exclame : « il ne se peut rien voir ni même concevoir de plus charmant que cet abord de Constantinople. Pour moi lorsque j’y arrivai la première fois, je m’imaginai entrer dans une ville enchantée ». La meilleure manière de découvrir Istanbul serait encore aujourd’hui d’arriver par bateau depuis la Mer noire, de redescendre le Bosphore et de découvrir soudain la péninsule historique avec à sa proue le Palais de Topkapi, résidence des sultans pendant près de quatre siècles.

mosaicMais Istanbul n’est pas une belle princesse endormie, parée de mille joyaux dont l’éclat, malgré les siècles, nous laisse admiratifs. C’est aussi une ville débordante d’énergie, doté d’un réseau de transports en commun très moderne : les lignes de métro et de tramways ne cessent de s’étendre pour relier les espaces de plus en plus lointains de cette ville tentaculaire de plus de quinze millions d’habitants, qui s’étend sur près de cent kilomètres d’est en ouest. Au-delà des sept collines mythiques, s’étend un réseau de buildings qui affirment la volonté de cette ville à dominer de nouveau cette partie du monde, à travers la finance et le commerce. La tour Sapphire se dresse fièrement de ces 238 mètres à une hauteur qui permet d’embrasser un panorama exceptionnel qui domine toute la ville, depuis la Mer de Marmara jusqu’à la Mer Noire. Autre témoin de cette modernité conquise à un rythme effréné : la présence de nombreux musées et d’institutions dans lesquels l’art actuel est bien représenté. La biennale d’Istanbul est l’une des rares expression publique d’art contemporain dans un pays musulman.

Animée le jour, Istanbul l’est tout autant la nuit, tout particulièrement le long du Bosphore et dans le quartier situé entre Taksim et Galata, le long de la rue Istiklal où se pressent des centaines de restaurants et cafés, où résonnent souvent les cris de joie des supporters de football ou instruments de musique des gitans qui viennent égayer la soirée. On y vient surtout déguster du raki accompagné de quelques mézés, et refaire le monde entre amis dans une joyeuse ambiance. Certains restaurants ou lieux branchés surplombent depuis la terrasse d’immeuble la Corne d’Or ou le Bosphore, et offrent la nuit une vue inoubliable sur la plus belle « avenue » du monde.

bosphoreFaire un voyage à Istanbul, c’est assurément en refaire plusieurs, tant les charmes de l’Orient sont intenses. Admirer le jour les merveilles de Topkapi ou de Saint-Sauveur, découvrir au Musée archéologique plus de cinq mille ans d’histoire, flâner le long du Bosphore au milieu des pêcheurs, prendre le keyf avec un verre de thé, magasiner dans les nombreux et très modernes centres commerciaux dans les quartiers nouveaux en périphérie du centre historique, déguster un vin de Thrace le soir sur une terrasse et rencontrer la jeunesse istanbouliote curieuse et accueillante : nulle autre ville du Proche ou du Moyen-Orient n’offre de telles possibilités, ni ne reste autant chevillée au corps, rivée à notre histoire commune, entre Europe et Asie.

Laurent Genest

© 2016 toute reproduction interdite pour quelque usage que ce soit

Nos voyages en rapport avec ce thème